
AMOUR VAINQUEUR: AIRS DE COUR FRANÇAIS, 1600-1650
ANNE AZÉMA, soprano
&
FRED JACOBS, luth
I. Enchaîné sous votre empire
Entrée de luth Robert Ballard (1611)*
Objet dont les charmes si doux Antoine de Boesset (1643)
Dessein de quitter une dame François Malherbe (before 1586)**
Quand l'infidelle Pierre Guédron (1608)
Courante sur: Bien qu'un cruel martire Jacques de Belleville
Lord H. of Cherbury's Lute Book (ca 1630)
Beautés dont les rigueurs Antoine de Boesset (1632)
II. La Beauté que j'adore
Il plaint la captivité de sa maîtresse François Malherbe (1609)
N'espérez plus mes yeux Antoine de Boesset (1643)
Fantaisie Gabriel Bataille
Lord H. of Cherbury's Lute Book (ca 1630)
Cessés mortels de soupirer Pierre Guédron (1613)
III. Douleur sur douleur...
Que n'estes vous lassés Texte: F. Malherbe (1609-10)
Musique: P Guédron (1611)
Il ne faut pas s'endormir dans le péché Arnauld d'Audilly (1642)
Pour chanter (psaume 100) Anonyme, Ballard, ed. (1613)
Récit du Soleil à la Reyne Pierre Guédron (1615)
Imitation du psaume Lauda anima mea dominum François Malherbe (?)
Deux courantes et voltes Jacques Gauthier
Lord H. of Cherbury's Lute Book (ca 1630)
IV. N'ay-je pas assés soupiré?
Que le teint d'Amarillis Antoine de Boesset (1632)
Quoy, faut-il donc qu'amour vainqueur Pierre Guédron (1615)
Chanson François Malherbe (1627)
Ma bergère non légère Anonyme, Ballard, ed. (1613)
* * * * * * *
* Dates de publication
** en italiques, textes lus
Objet dont les
charmes si doux
M'ont enchaisnés sous votre empire,
Lorsque je suis absent de vous
Mes pleurs tesmoignent mon martyre:
Et quand je revoy vos appas
Un excez de plaisir me donne le trespas.
Qui veut garder
sa liberté,
Doit s'esloigner de vostre veuë:
Il n'est ny grace ny beauté
Dont le Ciel ne vous ait pourveuë:
Et la conqueste d'un amant
Ne couste à vos beaux yeux qu'un regard seulement.
Doncques pour
éviter la mort,
Quelle fortune dois-je suivre?
Sans vous je m'afflige si fort
Qu'il m'est impossible de vivre:
Et quand je revois vos appas
Un excez de plaisir me donne le trespas.
Quand l'infidelle
usoit envers moy de ses charmes,
Son traitre coeur m'alloit de soupirs émouvant,
Sa bouche de serments et ses deux yeux de larmes:
Mais enfin ce n'estoit que des eaux et de vent.
Elle juroit ses
yeux, lumieres parjurées,
Et ses yeux consentoyent à l'infidelité,
Que nos amours seroyent à jamais asseurées,
Mes ses yeux prophanés n'ont pas dit verité.
Elle juroit ses
yeux qu'elle s'estoit rangée
A ne vouloir changer d'humeur aucunement,
Et si ne mentoit pas, bien qu'elle soit changée,
Car son humeur estoit le mesme changement.
Mais je me trompois
bien de penser cela d'elle,
Et ne cognoissois pas ses traits malicieux,
Ce n'estoit que du vent enclos en sa cervelle ,
Qui se tournoit en pluye et sortoit par ses yeux.
Beauté,
dont les rigueurs privent d'espoir mon ame,
Et mes sens de plaisirs:
Helas! jusques à quand veux-tu regler ma flame
Aux lois de tes desirs?
Ah! cruelle Uranie,
Je ne saurois celer
Mon amour infinie! (bis)
Si tu crois qu'en
t'aymant ma passion extrême
Se puisse moderer,
Modere donc l'excez de ta beauté suprême
Qui me fait soupirer.
Ah! cruelle....
Plus je vois
dans tes yeux de charmes adorables,
Plus s'acroist ma langueur:
Plus grands sont mes desirs, plus ils me sont miserables
D'esprouver ta rigueur.
Ah! cruelle...
N'esperez plus
mes yeux,
De revoir en ces lieux
La beauté que j'adore:
Le Ciel jaloux de mon bonheur
A ravy ma naissante aurore
par sa rigueur.
Les pleurs n'ont
plus de lieux
Dans le coeur de ce Dieu
Dont le feu me devore.
Le Ciel...
C'est en vain
soupirer,
C'est en vain esperer
Le secours que j'implore.
Le Ciel....
Cessés mortels de soupirer,
Cette beauté n'est pas mortelle:
Il est permis de l'adorer,
Mais non pas d'estre amoureux d'elle.
Les Dieux tant seulement
Peuvent aymer si hautement.
Celuy seroit
trop insencé
Quelque heur ou son bonheur aspire,
Si ces beaux yeux l'avoyent blessé,
D'oser descouvrir son martire.
Car les Dieux seulement
Peuvent aymer si hautement.
Bref ces divines
qualités
Dont le ciel orna sa naissance,
Deffendent mesmes aux deités
Non de l'aymer, mais l'esperance
D'obtenir en l'aymant
Sinon qu'un glorieux tourment.
Que n'estes vous
lassées (texte: François Malherbe, ext.)
Mes tristes pensées
De troubler ma raison?
Et faire avecque blasme
Rebeller mon ame
Contre sa guarison.
Que ne cessent
mes larmes
Inutiles armes,
Et que n'oste des Cieux
La fatalle ordonance,
A ma souvenance,
Ce qu'elle oste à mes yeux.
O beauté
nompareille!
Ma chere merveille,
Que le rigoureux sort
Dont vous m'estes ravie,
Aymeroit ma vie
S'il m'envoyoit la mort.
Je m'impose silence
En la violence
Que me fait ce malheur:
Mais j'acrois mon martire,
Et n'oser rien dire
M'est douleur sur douleur.
Dieux! Que les
destinées
Les plus obstinées
Tourne de mal en bien!
Apres tant de tempestes,
Mes justes requestes
M'obtiendront elles rien?
Deux beaux yeux
sont l'empire
Pour qui je soupire,
Sans eux rien ne m'est doux:
Donnés moy cette joye
Que je les revoye,
Je suis dieu comme vous.
Psaume.100
Pour chanter il me faut eslire
La justice et le jugement,
Et sacrer les tons de ma lyre
A toy, Seigneur juste et clement.
Lors vivant sous
ton asseurance,
D'un pas reglé par la raison,
Je ferais marcher l'innocence
Par tous les coins de ma maison.
Qui recelle une
ame infidelle,
Chez moy je ne veux jamais voir:
Du brouillon enclin à cautelle
Le nom je ne veux pas sçavoir.
L'oeil fier qui
les humbles menace,
Et qui ne fais cas que de foy,
Et le coeur qui s'enfle d'audace
Je ne souffriray pres de moy.
Je veux arracher
de bonne heure
Du païs toute iniquité,
Si qu'un seul méchant ne demeure,
Seigneur, en ta sainte cité.
Le Soleil . A
la Reyne:
Adorable Princesse,
Il est temps que je cesse
De courir dans les Cieux,
Et que ma flame cede
Le rang qu'elle y possede
Aux flames de tes yeux.
O beauté
sans exemple,
Où nature contemple
Son pouvoir nompareil:
Depuis l'heure premiere
Que tu veys ma lumiere,
Je ne suis plus Soleil.
Ta prudence a
des charmes
Qui font tomber les armes
Des mains des plus grands Roys,
Et mettent dans les bouches
Des gens les plus farouches
La gloire de tes loix.
L' art de la
flaterie
Aux graces de Marie
Ne pût rien adjouter:
Sa gloire s'est haussée
Où l'humaine pensée
Tasche en vain de monter.
Quoy? faut-il
donc qu'Amour vainqueur
Soit de nouveau roy de mon coeur,
Et me donne encor du martyre?
N'ay-je pas assez soupiré,
N'ay-je pas assez enduré
Jadis sous son cruel empire?
Tants de serments
que mon devoir
Avoyent fait contre son pouvoir
Seront ils si peu veritables
Qu'ils ne puissent durer qu'un jour,
Et pour estre faits contre Amour,
En font ils moins inviolables?
Faut il encore
que ce poison,
Troublant mes sens et ma raison
Change tout l' estat de ma vie?
Et bref qu'une jeune beauté
Triomphant de ma liberté,
Tienne encor mon ame asservie?
Mais il n'en
faut plus disputer,
Je ne puis ce mal eviter,
Car Amaranthe a tant de charmes,
Et tant d'appas en ses beaux yeux,
Qu'il ne me peut arriver mieux
Que mourir de si belles armes.
Que le teint
d'Amarillis
A de roses et de lis,
Dieux, que mon ame l'adore!
Quand pour la gloire d'Amour
Je voys cette jeune aurore
Brusler des le point du jour.
Auparavant que
ses yeux
Eussent apporté des Cieux
Le doux feu qui nous devore,
Par tout l'empire d'Amour
L' on n'avoit point veu d'aurore
Brusler des le point du jour .
Ne vous estonnez
donc pas,
Si charmé de tant d'appas
Je brusle et soupire encore,
Quand pour la gloire d'Amour
Je voy cette jeune aurore
Brusler des le point du jour.
Ma bergere
Non legere
En amours,
Me fait recevoir du bien tous les jours:
Je la meine
La pourmeine
Par les champs,
Ou nous prenons ensemble de doux passetemps.
Par la plaine,
Sans grand peine
Nous mettons
A mesmes troupeau nos petits Moutons.
Puis a l'aise
Je lui baise
Son beau sein,
Et sa bouche vermeille, son joli tetin.
Je lui cueille
Et recueille
Tant de fleurs,
Qu'elle en peut avoir de toutes couleurs.
Elle bonne
Me façonne
Des bouquets,
Qui causent au village beaucoup de caquets.
Nostre vie
Sans ennuie
Nous passons,
Charmans nos soucis de gayes chansons.
Fy des villes
Ou les filles
Ne font cas
Des amants qui pour elle conduise au trépas.
|
|