Colloque

 


 

Colloque Lettres et musique en Lorraine du XIIIe au XVe siècle

autour du  Tournoi de Chauvency (Ms Oxford Bodl. Douce 308)

27, 28 février et 1er mars 2007

Metz, France

 

Comité d'organisation:

Mireille Chazan, Université Paul Verlaine, Metz

Nancy Freeman Regalado, New York University

Isabelle Ragnard, Sorbonne

Anne Azéma, Ensemble Aziman

 avec

 ARSENAL-METZ

CENTRE DE RECHERCHES UNIVERSITAIRE LORRAIN D'HISTOIRE

UNIVERSITE PAUL VERLAINE DE METZ

New York University: Humanities Council and the Department of French


Additional Resources:

Jacques Bretel
Le Tournoi de Chauvency
Edition de Maurice Delbouille, 1932

Articles:


 


  

Lettres et musique en Lorraine du XIIIe au XVe s.
Autour du Tournoi de Chauvency
(MS Oxford, Bodl. Douce 308)

  

Text Box: Mardi 27/Mercredi 28 février 2007 –  Jeudi 1er Mars 2007

 

Comité d’organisation — Mireille Chazan/Université de Metz,
Anne Azéma/Arsenal-Metz
Comité éditorial — Nancy Regalado/ Lettres — Mireille Chazan/
Histoire — Isabelle Ragnard/Musicologie — Anne Azéma, Ensemble Aziman

 

PROGRAMME

Lieu du colloque : Arsenal Metz – Salle de l’Esplanade

       Mardi 27 Février

9 h/ 9h30             Accueil et allocutions des personnalités

9h30/10h............ Anne Azéma, artiste et musicologue, Directrice, Ensemble Aziman
                          Introduction au Colloque
10h/10h30.......... Nancy Regalado (New York University)
                          Les ailes des chevaliers et l’ordre du Ms douce 308
10h30/11h.......... Mary Atchinson, (RMIT University, Melbourne)
                          The Tournoi de Chauvency and the Chansonnier of MS Douce 308 :
                          A medieval Compilation

11 h/11h30          Discussion, pause

11h30/12h.......... Michel Parisse (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne)
                          Noblesse et tournoi : Le cas de Chauvency.
12h/12h30.......... Laurence Delobette (Université de Franche-Comté)
                           La noblesse comtoise au Tournoi de Chauvency
12h30................ Discussion

13h/14h30           Repas à l’Orangerie de l’Arsenal

14h30/15h.......... Allison Stones (Université de Pittsburgh)
                          Les enlumineurs du manuscrit Douce 308
15h/15h30.......... Jean Christophe Blanchard (CNRS, Nancy 2)
                          « Pour ce qu’il suet parler a moi d’armes et chevalerie » :
                          hérauts et héraldique dans le Tournoi de Chauvency

15h30/16h           Discussion, pause

16h/16h30.......... Ardis Butterfield (University College, Londres)
                          The musical Context of le Tournoi de Chauvency
16h30/17h.......... Michel Stanesco (Université Marc Bloch Strasbourg II)
                          (communication)
17h.................... Discussion

18h30................ Musée de la Cour d’or : La visite enchantée

 

19h/19h45.......... Isabelle Ragnard (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne)
                          Conférence grand public, Introduction au spectacle musical.

20h 30                Générale du Tournoi de Chauvency, spectacle musical

Mercredi 28 février

9h/9h30.............. Samuel N. Rosenberg (Indiana University)
                          Le Tournoi de Chauvency et le Chansonnier du MS Douce 308
                          reliés par le chant
9h30/10h............ Eglal Doss-Quinby (Smith College, Northampton, Massachusetts)
                          The Douce 308 chansonnier within the Corpus of Trouvère Songbooks

10h/10h30           Discussion, pause

10h30/11h.......... Regina Psaki (University of Oregon)
                          (communication)
11h/11h30.......... Gérard le Vot, (Université de Lyon II)
                          Les chansons de croisades dans la lyrique courtoisie
11h30................ Discussion

12h/14h               Repas à l’Orangerie de l’Arsenal

14h/14h30.......... Jean -Michel Mehl (Université Marc Bloch, Strasbourg II)
                          Les jeux de société princiers.
14h30/15h.......... Pierre Pegeot (Université de Nancy II)
                          Les joutes messines à la fin du Moyen Age

15h/15h30           Discussion, pause

15h30/16h.......... Danièle Bohler (Université de Bordeaux III)
                                                    Entre littérature et nourriture : la culture de l’entremets à la cour de     Bourgogne.
16h/17h.............. Michel Zink (Collège de France)
                        (communication)
17h.................... Discussion

20h                     Dîner à l’orangerie de l’ Arsenal

Jeudi 1er Mars

9h/9h30.............. Michel Margue (Université du Luxembourg)
                          Vœux de l’épervier et Vœux du paon. Culture courtoise et culture
chevaleresque entre actualité et tradition (début XIVè siècle).
9h30/10h............ Jean-Marie Privat (Université Paul Verlaine, Metz)
                          Les Vœux du paon. Magie performative et polyphonie culturelle

10h/10h30           Discussion, pause

10h30/11h.......... David Fallow (Université de Manchester)
                          Josquin Desprez’s years with René d’Anjou (fin XVe siècle)
11h/11h30.......... Colette Beaune (Université de Paris X - Nanterre)
                          Charles VII aux fêtes de René II de Lorraine
11h30/12h.......... Discussion

12h/14h               Déjeuner à l’Orangerie de l’Arsenal

14h/14h30.......... Robert Lug (Francfort)
                          Politique et littérature à Metz avant la Guerre des amis (1231-1234) :
                          le témoignage du Chansonnier de Saint-Germain-des-Prés
14h30/15h.......... Christine Retenenauer-Corti (Metz)
                          Le théâtre à Metz au XVe et au début du XVIe siècle.

15h/15h30           Discussion Pause

15h30/16h ......... Mireille Chazan (Université Paul Verlaine Metz)
                          Histoire et littérature dans les bibliothèques des patriciens messins
                          à la fin du Moyen Age.
16h/16h30.......... Nancy Regalado ( Université de New York)
                          Dicussion et Conclusions.


PrÉsentation du projet

Lettres et musique en Lorraine du XIIIe au XVe siècle
Autour du Tournoi de Chauvency (Ms Oxford, Bodl. Douce 308)

 

Le manuscrit Douce 308, qui se trouve aujourd’hui à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford, retient depuis longtemps l’attention des chercheurs du monde entier : copié à Metz au début du XIVe siècle, il contient six œuvres différentes. Parmi celles-ci se trouvent deux romans en vers liés à la Lorraine : le premier est le Tournoi de Chauvency où le trouvère Jacques Bretel représente et célèbre les joutes qui se déroulèrent à Chauvency-le-Château (dép. Meuse, com. Montmédy) en 1285. L’autre roman, les Voeux du paon (vers 1310) est l’œuvre du Lorrain Jacques de Longuyon et s’inscrit dans le cycle d’Alexandre le Grand. Le manuscrit Douce 308 contient aussi un très vaste Chansonnier de 512 pièces lyriques ((début du XIVe siècle), le Bestiaire d’amour de Richard de Fournival (vers 1232), et la Response (vers 1285), la Prophétie de Sibylle (dont il ne reste plus qu’une page dans le manuscrit), enfin le Tournoiement Antichrist de Huon de Méry. L’ensemble de ces œuvres constitue un parfait exemple des genres littéraires qui intéressaient la société courtoise entre Meuse et Rhin et reflétaient ses valeurs du XIIIe au XVe siècle.
En outre tout le manuscrit est illustré par des miniatures, dont la plupart représentent les joutes et les mêlées, où les chevaliers, notamment ceux du Tournoi de Chauvency, sont soigneusement identifiés par leurs armes peintes sur leurs boucliers et par les cimiers qui ornent leurs casques et les harnachements de leurs chevaux.
Le fait que le manuscrit Douce 308 ait été copié à Metz et ait appartenu aux Gournay est un indice de l’adoption par le patriciat messin des valeurs et des codes sociaux de la noblesse lorraine et du développement de la culture aristocratique à Metz.
On comprend que ce manuscrit, si riche du point de vue littéraire et artistique, suscite l’intérêt tant des historiens de la littérature et de la culture, que des spécialistes de l’histoire de l’art, de l’héraldique et de la musique médiévale. Il s’agit pour eux d’étudier les textes du manuscrit et les genres littéraires dans lesquels ils s’inscrivent, les relations entre ces textes qui justifient leur rassemblement dans le manuscrit, les liens entre textes et musique, textes et illustrations. Par ailleurs tout le manuscrit fonctionne comme une grille de lecture de la société dans laquelle il a été élaboré, reçu, puis transmis ; il faut donc s’interroger sur ce milieu, ses rites, ses codes sociaux et sur son imaginaire. Enfin une place particulière est faite à la musique comme une autre structure d’intelligibilité de cette société. Le concert Le tournoi de Chauvency, donné en création par Anne Azéma, sera un écho contemporain de la fête musicale médiévale. Le Colloque a donc l’ambition de d’éclairer et de comprendre dans tous ses aspects et tous ses prolongements un monument de la culture courtoise

Contact scientifique                                                         Inscriptions :
Mireille Chazan                                                                  Maryse Plyer
chazan@univ-metz.fr                                                          Tél. 03 87 31 56 34
Université Paul Verlaine – CRULH                                     Maryse.plyer@univ-metz.fr
Ile du Saulcy                                                                      UFR LL, Université Paul Verlaine-Metz
57045 METZ Cedex


 

2. LISTE DES INTERVENANTS
    ET THÈMES D’INTERVENTION (Octobre 2006)

HISTORIENS

Colette Beaune, Université de Paris X Nanterre
Charles VII aux  fêtes de René II de Lorraine

Jean Christophe Blanchard, UMR 7006- Moyen Age CNRS Nancy 2
« Pour ce qu’il suet parler a moi d'armes et chevalerie » : hérauts et héraldique
dans le Tournoi de Chauvency

Danielle Bohler, Université de Bordeaux III
Entre littérature et nourriture : la culture de l'entremets à la cour de Bourgogne

Mireille Chazan, Université Paul Verlaine de Metz
Histoire et littérature dans les bibliothèques des patriciens messins, à la fin du moyen-âge

Laurence Delobette, Université de Franche-Comté
La noblesse comtoise au Tournoi de Chauvency

Michel Margue, Université du Luxembourg
Vœux de l'épervier et Vœux du paon. Culture courtoise et rites d'intégration entre Metz,
Bar et Luxembourg

Jean Michel Mehl, Université Marc Bloch, Strasbourg II
Les jeux de société princiers

Michel Parisse, Université de Paris I - Panthéon Sorbonne
Noblesse et tournoi. Le cas de Chauvency (1285)

Pierre Pegeot, Université de Nancy II
Les joutes messines à la fin du Moyen Age

Jean-Marie Privat, Université Paul Verlaine, Metz
Les Vœux du paon. Magie performative et polyphonie culturelle

Christine Reutenauer-Corti, Metz
Le théâtre à Metz à la fin du Moyen Age

 

MUSICOLOGUES

Ardis Butterfield , University College, Londres
The Musicals Contexts of le Tournoi de Chauvency

David Fallow, Université de Manchester
Josquin's years with René d'Anjou (fin XVè siècle)

Gérard Le Vot, Université de Lyon II
Les chansons de croisades dans la lyrique courtoisie

Robert Lug, Université de Francfort
Politique et littérature à Metz avant la Guerre des Amis (1231-1234) :
le témoignage du Chansonnier de Saint-Germain-des-Prés (BnF fr. 20050)

Isabelle Ragnard, Université de Paris IV Sorbonne
Conférence sur la musique médiévale

 

 

HISTOIRE DE L’ART

Allison Stones, Pittsburgh
Les enlumineurs du Tournoi de Chauvency dans le manuscrit Oxford Douce 308

 

LITTÉRAIRES

Mary Atchinson, Melbourne
The Tournoi de Chauvency and the chansonnier of Ms Douce 308 : a medieval compilation

Eglal Doss-Quinby, Smith College, Northampton, Massachusetts
The Douce 308 chansosnnier within the Corpus of Trouvère Songbooks

Regina Psaki, University of Oregon
[On connaît la chanson]

Nancy Freeman Regalado, Université de New York
Les ailes des chevaliers et I’ordre du MS Douce 308

Samuel N. Rosenberg, Indiana University
Le Tournoi de Chauvency et le chansonnier du ms Douce 308
reliés par le chant

Michel Zink, Collège de France
[communication titre à préciser]

F. Regina Psaki

"Jean Renart et Jacques Bretel: Les insertions lyriques et la ‘subjectivité littéraire’ "

Il existe peu de débats plus controversés en histoire (histoire des idées, histoire littéraire, ou histoire tout court) que le concept de l’individu au moyen âge. Autant l’essence même que les implications de la question sont chargées de difficultés épistémologiques et idéologiques : elles influencent—ou peut-être même déterminent—la façon dont nous comprenons la trajectoire de la civilization occidentale.

Je me propose d’explorer la subjectivité de l’auteur, suggérée par la juxtaposition du texte narratif et d’insertions lyriques, ainsi que la subjectivité du narrateur créée par les mécanismes de telles interpolations, dans le *Roman de la Rose ou de Guillaume de Dole* de Jean Renart et dans *Le Tournoi de Chauvency*. Dans mon parcours, j’ai l’intention de reprendre l’importante thèse de Michel Zink concernant l’essor de la subjectivité littéraire au XIIIe siècle, tout en considérant les directions qu’a pris le débat depuis la publication de *La subjectivité littéraire* en 1985.
 
Michel Zink:
 
"On connaît la chanson."  C'est à la fois une formule proverbiale et le titre d'un admirable film d'Alain Resnais. J'applique ce titre à une réflexion sur la relation entre le langage de l'artifice et le langage du quotidien en littérature à travers l'exemple des insertions lyriques et de ces autres "chansons" que sont les manières de parler reproduites, évoquées ou caricaturées (par exemple l'accent alsacien...). 

RÉSUMÉS DES COMMUNICATIONS

 ABSTRACTS

 

Eglal DOSS-QUINBY
Professor of French Studies
Director, Medieval Studies Program
Smith College
Northampton, Massachusetts 01063
U.S.A.   
(413) 585­3365   
edoss@email.smith.edu


Réflexions sur l¹architecture du chansonnier d¹Oxford


Je me propose de considérer l¹architecture, ou l¹organisation interne, du
chansonnier d¹Oxford.
… Le principe d¹organisation par genre : quels sont les formes et genres
lyriques représentés et dans quel ordre les différentes sections sont-elles
disposées à l¹intérieur de l¹anthologie ?
… En fonction de quels critères sélectifs ­ et à quelle fin ­ les chansons
ont-elles été rassemblées et classifiées ?
… Comment s¹expliquer que les textes réunis soient systématiquement
dépourvus d¹attributions ?
… Quelle place cette anthologie occupe-t-elle parmi les recueils lyriques en
ancien français ?

résumé Stones
Alison Stones
University of Pittsburgh


Les enlumineurs du manuscrit Douce 308


Les enluminures du ms Douce 308 et de son pendant Harley ms 4972 ont été
créés par deux peintres de formation différente qui présentent, chacun de
son côté, des traits caractéristiques permettant de suivre leurs pistes à
travers de nombreux manuscrits messins à la fin du XIIIe et au début du XIVe
siècle. Les oeuvres de ces peintres ne se limitent pas aux manuscrits
littéraires comme Douce et Harley: au contraire, ces enlumineurs ont tous
les deux illustré des livres liturgiques et dévotionnels ainsi que des
textes d'ordre séculier. Leurs clients appartiennent aux différents rangs de
la société de l'époque: il comptent des membres du clergé séculier et
monastique, des médecins, ainsi que des laïques. Ces artistes ont travaillé
ensemble plus d'une fois, non seulement dans Douce-Harley, mais aussi, par
exemple, dans un manuscrit d'Avicenne conservé à Paris où le rapport de l'un
à l'autre est manifestement celui de maître et d'assistant. Cette
présentation vise à tracer les carrières de ces deux peintres-enlumineurs et
à cerner leur contribution à la miniature messine et sa fourchette
chronologique dans les dernières années du XIIIe et les premières années du
XIVe siècle. 

David Fallows:
Manchester University


Josquin Desprez and René of Anjou



New archival discoveries of the last ten years have startlingly changed the
life of Josquin Desprez. The unchallenged greatest composer of the years
around 1500 now seems to have been born fifteen years later than was thought
until 1998. This has major consequences for the chronology of his music and
for nearly all other music of the late 15th century.
    On top of this, the number of documents associating him with good King
René has grown from two to at least six, as a result of research by Paul and
Lora Merkley. Together they make it fairly certain that Josquin was in
René¹s court chapel choir at least from 1475 to 1478 and probably until
René¹s death in 1480. That those key early years of his career took place in
Aix-en-Provence rather than Milan obviously has even further consequences
for our view of his music and its chronology. Those five years in his early
twenties must surely represent the true foundation of his career.
    Alongside the new material, though, the most recent chronological
assessment (by Joshua Rifkin) of his early work suggests that we have no
music by him from before about 1485. Are all his compositions from his time
with René of Anjou lost? Or is there some other way of seeing the evidence?

 

S. Menegaldo
MCF à l¹Université d¹Orléans
54 rue de Vauquois 45000 Orléans
smenegaldo@yahoo.fr
   

« Les hérauts, les ménestrels et Jacques Bretel dans le Tournoi de Chauvency
»

Il s¹agira dans la présente communication de s¹intéresser aux diverses
figures de hérauts et de ménestrels que compte le Tournoi de Chauvency, afin
de voir quelle représentation Jacques Bretel entend donner de ces deux
statuts, et comment il se situe vis-à-vis d¹eux.
Aussi, dans un premier temps, on tâchera de définir statut et fonctions du
héraut et du ménestrel, à partir des seules données du Tournoi, texte où ces
deux catégories professionnelles apparaissent justement assez mal
différenciées. On verra donc ensuite que dans le Tournoi, hérauts et
ménestrels sont en fait saisis à un moment assez particulier de leur
histoire, dont témoignent d¹autres textes contemporains (le Dit des hérauts
de Henri de Laon, le Conte des héraut de Baudoin de Condé) : un moment où
leurs parcours d¹abord divergents se croisent, les hérauts prennant une
importance telle qu¹ils empiètent sur les prérogatives des ménestrels.
Enfin, c¹est en considérant la position adoptée par Jacques Bretel lui-même
(ou disons plus exactement le narrateur qui se désigne sous le nom de
Jacques) dans ce conflit ­ position d¹ailleurs mesurée, puisque tous les
hérauts n¹y sont pas vus d¹un mauvais ¦il ­ que nous pourrons conclure sur
les éléments qui permettent de faire de Jacques Bretel, comme son collègue
Henri de Laon, un ménestrel, en revenant notamment sur l¹ouverture du
Tournoi.


Laurence Delobette
Université de Franche-Comté


La noblesse comtoise au tournoi de Chauvency.


Le Tournoi de Chauvency peut s¹étudier comme un document historique :
beaucoup des personnages nommés dans le poème sont connus par des chartes et
des actes de la pratique. Parmi ceux-ci se trouvent des Comtois ou «
Bourguignons » ; il s¹agit de neuf seigneurs, auxquels s¹ajoute une dame,
sur la quinzaine de femmes répertoriées. De rang et d¹âge variable, ils sont
unis par de fortes solidarités, à la fois géographiques, familiales et
politiques. A regarder les choses de près, il apparaît aussi que plusieurs
sires présents à Chauvency sont alliés à des lignages bourguignons, et
notamment à la famille du comte Jean de Chalon, sire de Salins.
Le poète a probablement choisi de nommer de façon privilégiée les Comtois
connus du public barrois et lorrain auquel est destiné le Tournoi. En effet,
les seigneurs évoqués dans le texte sont souvent associés à des nobles
lorrains, qu¹il s¹agisse d¹opérations militaires, des liens de l¹hommage ou
de mariages. Ces alliances recouvrent les fidélités organisées autour des
grands personnages qui dominent la période, au premier rang desquels se
trouve le comte de Bar.
Il  importe enfin de regarder comment sont décrits les combats menés par les
chevaliers bourguignons, dont certains font figure de champion dans cette
manifestation mise en scène par la noblesse pour sa propre célébration.

Jean-Christophe Blanchard
UMR 7002 Moyen Age CNRS Nancy 2


« Pour ce qu¹il suet parler a moi d¹armes et chevalerie » :
hérauts et héraldique dans le Tournoi de Chauvency

Dans son ¦uvre le Tournoi de Chauvency, le ménestrel Jacques Bretel en
relatant les fêtes chevaleresques organisées en 1285 par le comte de Chiny,
accorde une place non négligeable aux hérauts d¹armes (14 rois et hérauts
d¹armes apparaissent au cours du récit). Ces derniers, « issus de la
domesticité inférieure et du milieu des jongleurs » (M. PASTOUREAU), jouent
un rôle important dans l¹organisation et le déroulement des joutes et des
tournois, grâce notamment à leur connaissance des armoiries. Celles-ci leur
permettent d¹identifier les combattants et donc de commenter leurs actions.
Sous la plume de Jacques Bretel, on perçoit les rivalités existant entre les
ménestrels et les hérauts, issus du même milieu. Ils restent encore à la fin
du XIIIe siècle des concurrents se disputant les faveurs de l¹aristocratie.
Ainsi, certains hérauts sont raillés, mais l¹animosité de Bretel n¹entame
pas totalement ses capacités de jugement puisqu¹il en dépeint certains avec
justesse et précision. En effet, il brosse le portrait d¹individus
remarquables qui savent reconnaître les combattants et vanter leurs hauts
faits comme la gloire de leur lignage.
Quelle que soit la capacité des uns et des autres à célébrer les valeurs de
la chevalerie, il est un fait avéré : la supériorité des hérauts tient à
leur connaissance des armoiries et des cris d¹armes. L¹auteur est obligé de
leur faire appel pour identifier les acteurs de ces fêtes, en particulier
lors des joutes et du tournoi. Le texte témoigne donc des compétences
techniques des hérauts. Il faut cependant prendre garde au caractère
littéraire du texte qui déforme quelque peu les informations héraldiques.
Ainsi, les armoiries décrites, malgré la versification, confrontées aux
sources contemporaines (armoriaux et sceaux) peuvent être interprétées. Mais
surtout, le caractère vivant du récit permet de mesurer toute l¹importance
du cri d¹armes, plus difficile à percevoir dans les sources émanant des
hérauts eux-mêmes.
Cette communication a un double objectif. D¹une part il s¹agira de préciser
les connaissances sur les hérauts d¹armes vers la fin du XIIIe siècle, soit
un siècle environ après leur apparition ; d¹autre part, de réévaluer la
place du cri d¹armes au côté des armoiries.

Prof. Pierre PEGEOT
Université Nancy 2 - B.P. 3397
23, Bd Albert-Ier - 54015 NANCY Cedex
Tél. 03.83.96.70.50
Fax  03.83.96.70.55

Les joutes messines

Les patriciens messins prétendent appartenir à la noblesse, ils se disent
chevaliers et veulent en tout point imiter la vie noble.C¹est pourquoi à la
fin du Moyen Age les joutes, exercice nobiliaire par excellence, sont en
honneur auprès d¹eux et constituent une part non négligeable de leurs
activités comme dans d¹autres villes à dominante patricienne. D¹après les
chroniqueurs locaux et principalement Philippe de Vigneulles il est possible
de dresser la liste des joutes auxquelles ont participé des Messins,qu¹elles
soient organisées par eux (par exemple au Champ-à-Seille en 1434) ou par
d¹autres(ex:le duc de Bar René Ier en 1435 à Pont-à-Mousson);de même de
préciser l¹organisation matérielle de ces spectacles et de détailler les
participants A l¹analyse, à Metz comme ailleurs, on s¹aperçoit que la joute
participe aussi à l¹animation de la ville, elle accompagne d¹autres fêtes et
réjouissances ou elle en est l¹attraction principale; elle est un
divertissement qui contribue à l¹harmonie urbaine et à la bonne entente
entre tous les habitants, rassemblés dans la fête. Néanmoins c¹est le
patriciat dirigeant qui se met en scène à travers ces spectacles et il y a
matière à s¹interroger sur la part de ses valeurs et de ses aspirations qui
s¹y trouve représentée.

Robert Lug
Francfort


Politique et littérature à Metz autour de la Guerre des Amis ( 1231­1234 ) :
le témoignage du Chansonnier de Saint-Germain-des-Prés


Le Chansonnier de Saint-Germain-des-Prés (1231, 1232/3, ca. 1260, etc. )
ouvre plusieurs fenêtres précieuses sur les débuts et l¹évolution de la
“littérature³ à Metz au 13ème siècle. Il raconte aussi l¹histoire du vieux
patriciat messin et son remplacement par les “nouveaux riches³. Vers 1200,
le continent Européen ne connut, au nord des Alpes, que trois villes plus
grandes que Metz, avec ses 30.000 habitants. Centre culturel, Metz jouait un
rôle dominant non seulement dans le domaine de la musique ecclésiastique,
mais aussi dans celui de l¹écriture artistique de textes : le niveau de sa
“cancelleria³ épiscopale n¹était surpassé, dans toute l¹Europe, que par la
chancellerie papale à Rome. Ces deux conditions créèrent la base pour cette
nouveauté qu¹ à Metz dans les années 1210, les premières chansons en langue
française furent écrites, apparemment plus tôt qu¹ailleurs.
    Le Chansonnier de Saint-Germain fut créé par le paraige Port-Sailly, le
plus ancien et le plus cultivé des trois paraiges, dans lesquels le
patriciat messin s¹agençait. Port-Sailly comprenait même plusieurs
chevaliers urbains, faisait former quelques membres à la cancelleria et
était traditionnellement allié aux évêques qui, en tant que seigneurs de la
ville, privilégiaient en revanche ce paraige. Peu après 1200, des conflits
se produisirent entre Port-Sailly et certains cercles de la communauté
aspirant à l¹autonomie et au statut de “commune³,ce que possédaient déjà de
nombreuses villes de la France capétienne. A cet égard cependant, la
politique traditionnellement anti-communale des empereurs allemands offrait
peu de chances à Metz, ville appartenant à l¹empire.
    Comme conséquence à ces conflits, le paraige Port-Sailly fut expulsé de
la ville en 1214/15 et, pour la première fois, forcé à l¹exil. Vers ce
temps-là, le chant courtois français, art purement oral, semble avoir obtenu
pour Port-Sailly, comme sauvegarde à son identité menacée, une telle
importance qu¹on commençait à écrire des chansons sur des feuillets,
mélodies et textes. La première copie de ces feuillets dans un livre, le
“Proto-Chansonnier³, fut entreprise vers 1223. A cette époque, la
cancelleria s¹etait déjà transformée en notariat publique, la langue
française ( le ³romans² ) devenait la règle dans les chartes urbaines, et le
nombre des écrivains messins se multipliait. Dans les années 1230, “tut
l¹escriva que son a Mes² étaient déjà proverbiaux.
    Depuis l¹établissement de l¹évêque Jean d¹Aspremont (1224) pourtant, les
conflits urbains s¹étaient dramatiquement aggravés. De plus, dans toute
l¹Europe une atmosphère militante, à la fois anti-cléricale et
anti-capétienne, se répandit. A Metz, l¹évêque et ses alliés de Port-Sailly,
considérés comme représentants de “l¹ordre ancien³, se retrouvaient dans une
position isolée. Pendant que la crise s¹intensifiait, un mariage
retentissant eut lieu : le 11.11.1231, le bourgeois Perrin Noise,
appartenant au paraige Port-Sailly, épousait Hélois de Prény-Haussonville,
une dame de la noblesse féodale.
    C¹est à cette occasion que l¹ancienne partie du Chansonnier de
Saint-Germain prit naissance. Comprenant 177 chansons en tout, cette partie
ancienne transmet, dans sa première moitié, le “Proto-Chansonnier³ en copie,
et dans sa deuxième moitié une collection récente, dont 24 chansons de
troubadours, document de la scène vivante d¹exilés occitans à Metz. Le
copiste des textes était apparemment un professionnel du paraige
Port-Sailly, alors que le copiste des mélodies semble avoir été le meilleur
spécialiste de Metz, appartenant vraisemblablement à la cathédrale et formé
au ³laboratoire² de notations carrées à Paris. A Metz toutefois, et pour le
chansonnier aussi, il utilisait la notation traditionnelle, en neumes
messines. On avait prévu les mélodies pour toutes les 177 chansons, mais
faute de temps jusqu¹au 11 novembre, la notation ne fut pas achevée.
    Immédiatement après le mariage, la Guerre des Amis éclatait : l¹evêque
et le paraige Port-Sailly furent chassés de la ville et se retranchèrent,
pendant plus de deux ans, dans une forteresse voisine. Ce fut dans cet exil
que le chansonnier obtint un ³appendice², 30 chansons sans mélodies. Après
leur retour, la puissance de l¹évêque et des vieilles familles restait
affaiblie, tandis que la force de la communauté s¹aggrandissait. Le paraige
Port-Sailly était ruiné, et les “nouveaux riches³, dont les Gronaix étaient
une des familles principales, prirent possession des fonctions urbaines les
plus importantes. Parallèlement à la confrontation politique, les années
1230 furent aussi la scène d¹une “guerre de plumes³ dans les pays
frontaliers. En faveur du parti français, le roman de la Violette, la geste
Hervis de Mes et le roman de Flamenca en témoignent, tandis que le roman de
Guillaume de Dole et la geste Garin le Loherain favorisaient le parti de
l¹Empire. C¹est à  cette époque que les premières bibliothèques messines,
devenues plus tard fameuses, semblent avoir été fondées.
    Aucun chansonnier du 13ème siècle provenant du milieu des “nouveaux
riches³ n¹est conservé. Le “fragment Einsiedeln³ ( Metz, années 1230/40 ) et
les parties récentes du Chansonnier de Saint-Germain ( après 1258 )
documentent l¹appauvrissement des vieilles familles. Ce ne fut que dans les
années 1290 que celles-ci ressortirent encore une fois avec un projet
majeur, le chansonnier C ( Berne 389 ), comprenant 522 chansons dont 211
reprises du Chansonnier de Saint-Germain. On y trouve des portées partout,
mais aucune mélodie, ce qui est typique pour les chansonniers lorrains.
Après 1231, dans tous les chansonniers lorrains existants, aucune mélodie
n¹est plus notée ( sauf une seule, Saint-Germain, supplément tardif ). La
cause en est la collision de la notation carrée, “française³ et
progressiste, avec les neumes traditionnels des pays de l¹est. L¹anonymat de
tous les chansonniers lorrains s¹explique, elle aussi, par des raisons
politiques.
    Le chansonnier I ( Douce 308, années 1310 ) provient apparemment du
milieu des “nouveaux riches³, vraisemblablement de la famille Gronaix. Sans
noms d¹auteurs et sans mélodies comme les chansonniers des vieilles
familles, I s¹en distingue toutefois radicalement par son ordre, son
répertoire et son layout. Quant à son principe ³Images à la place de
musique³, I ressemble aux grands manuscrits de minnesang allemand.

Jean ­ Michel Mehl
Professeur émérite
Université Marc ­ Bloch, Strasbourg


Les jeux de société princiers


En 1899,l¹économiste et sociologue Thorstein Veblen publiait la théorie de
la classe de loisir. Le chercheur américain d¹origine norvégienne y décrit
comme « classe de loisir » une classe qui a la possibilité pécuniaire de
s¹offrir une vie d¹oisiveté, lavée de tout soupçon de travail manuel et
marquée par une consommation improductive du tems. Parmi les activités de
cette classe gigurent la guerre, le gouvernement, la vie religieuse et les
sports. Il est bien sûr possible de discuter du caractère improductif de ces
fonctions, mais il n¹empêche que si ces activités sont productives, elles ne
le sont qu¹indirectement et/ou incidemment. En même temps elles reposent
aussi sur des dépenses ostensibles servant à donner le ton et sur une forte
croyance en la chance. Elles favorisent «  une inclination vers les sports
athlétiques et tous jeux qui laissent carrière à la comparaison ».
Assurément la société chevaleresque de la fin du Moyen Age, y compris dans
les sphères princières les plus élevées, peut s¹inscrire dans cette classe
de loisir.
En se fondant sur quelques exemples qui ne prennent pas forcément place dans
l¹environnement immédiat d¹un tournoi même s¹ils sont très loin d¹en être
exclus, mon propos sera de vérifier la pertinence des thèses générales de
Veblen pour la fin du Moyen Age. Il tentera par là de montrer que l¹histoire
des jeux, loin d¹être confinée aux seuls éléments descriptifs, peut être une
véritable histoire, c¹est ­ à ­ dire la mise en scène de pratiques sociales
qui naissent, vivent et meurent, et qui, parfois, ressuscitent.

Gérard Le Vot
Univ. Lumière Lyon 2

Les chants courtois relatifs aux croisades dans le Chansonnier
de Saint-Germain-des-Prés (Paris, B.N., fr. 20050)
                  


         Le Chansonnier de Saint-Germain, un manuscrit  d'origine messine
par sa provenance et par sa notation musicale neumatique, préserve dans sa
première section  (première moitié XIIIe siècle, Lug 2000) 93 mélodies de
chansons de trouvères et de troubadours. Avant que d'appartenir à l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés, il fut la possession de Henri-Charles du Cambout,
duc de Coislin, évêque de Metz de 1697 à 1732, après héritage de la
bibliothèque de son grand-père, le chancelier Séguier. Le chansonnier
consigne en petit nombre des chants courtois faisant allusion aux croisades
: deux pour les troubadours (cinq extensivement) et neuf pour les trouvères.
Dans ce répertoire restreint, la croisade apparaît tel un prétexte : le plus
souvent la thématique des poèmes relèvent de la départie ou de la fin' amor,
parfois de la plainte, mais plus rarement de l'apostrophe politique ou de
l'exhortation morale aux combats. Les mentions historiques qui font souvent
défaut chez les troubadours (certaines strophes ont été omises) semblent
plus explicites chez les trouvères, au moins dans la partie moderne du ms.
(fol. 110-ss.). D'un point de vue formel, ces chants possèdent des
caractères métrico-poétiques qui les rapprochent de la canso, et à leur
propos, on suivra  encore plus les précautions et les nuances générales de
la critique au sujet des chansons de croisade : Joseph Bédier (1909), Pierre
Bec (1977-78), Susanne Schöber (1976), Catharina Dijkstra (1995).

        Cinq chansons de troubadours et trois de trouvères sont pourvus de
musique auxquels, il serait possible (à la rigueur) d'ajouter au vu de la
tradition des trouvères (abondance des variantes mélodiques ou présence d'un
contrafactum), quatre autres. Comme pour les poèmes, le constat y est
identique : les mélodies appartiennent plutôt au mélos de la chanson
courtoise. On écartera tout d'abord toute discussion au sujet du rythme du
chant, si sujet à controverse, surtout pour des mélodies ici préservées en
neumes lorrains sur portée. Rappelant la prééminence du corps en matière
rythmique, nous préférons les livrer aux pratiques expérimentales que l'on
peut suggérer aux interprètes. Par ailleurs, la varia  lectio  mélodique peu
abondante dans le cas des pièces occitanes, mais plus fournie pour les
pièces françaises, rend difficile pour ces dernières de remonter à un
quelconque original. En effet pour un même poème on dispose parfois de
plusieurs espèces ce qui indétermine la paternité musicale. La recherche de
family tunes  (Labaree, 1989) ne donne guère aussi de résultat si l'on
écarte la mélodie de la chanson de l'amour de loin de Jaufre Rudel au sujet
de laquelle la critique : de Friedrich Gennrich (dès 1924), Wendelin
Müller-Blattau (1955) jusqu'à Hendrik van der Werf (1972), a discuté
l'appariement avec celle du Palestina Lied de Walther de la Vogelweide. En
revanche se dessineraient des traits propres au Chansonnier de Saint-Germain
: une certaine irrégularité mélodique et une forte ornementation.

         En définitive, le Chansonnier de Saint-Germain préserve pour
l'essentiel une collection de chansons d'amour et il semble compréhensible
que, dans sa première partie (notamment fol. 4-91 et fol. 94-109), la
mention des croisades tout comme l'exhortation violente et morale aux
combats outremar - cette représentation lyrique autre que le tournoi des
tendances agressives et militaires de la vie chevaleresque aux XIIe et XIIIe
siècles - aient été édulcorées ou écartées.

Mary Atchison
RMIT University, Melbourne, Australia


The Tournoi de Chauvency and the Chansonnier of MS Douce 308: A Medieval
Compilation.

Abstract:
The Tournoi de Chauvency by Jacques Bretel and the Old French Chansonnier
known as Chansonnier I are the third and fourth books, respectively, in the
Oxford Bodleian MS Douce 308.  In 1868 Meyer suggested that the two books
might have been written by the same scribe.  Since then, a number of writers
have considered the links between the two books to include: common scribes,
a common decorator, the miniatures and codicological gatherings,
coincidences in texts and refrains and the coincidence of historical
characters named in the Tournoi and the Jeu-parti section of the
Chansonnier.

It appears to be a fascinating twist to the story to find that the textual
links between the Tournoi de Chauvency and the Chansonnier  are far greater
between the version of the Tournoi de Chauvency found in the Mons manuscript
(M)  than with the Tournoi de Chauvency of MS Douce 308.  The number of
these texts concordances (found in the Chansonnier and the Mons Tournoi but
absent from the Douce 308 Tournoi) are refrains as well as some references
to historical characters.

While the Douce 308 Tournoi lacks two large blocks of text and the
occasional single or double line of text of the Mons Tournoi, it, by
contrast, contains a block of text which is not present in the Mons Tournoi.
This final section of the Douce 308 Tournoi, (fols 137v-139v), introduces
Paris and Venus, Aeneas and Dido, and Narcissus and Echo along with
Guenevere, Lancelot and Tristan in what appears to be a shift from the
action of the tournament and its festivities to the context of the medieval
romance.

The Jeu-parti section of the Chansonnier provides an intriguing echo of this
shift in the jeux-partis naming Rolan or Rollant.  Jeux-partis numbers i and
xii contain reference to ‘Linaige la contesse’ and ‘sa suer Mahau de
Commarsi’ and the section concludes with the text ‘Morgue li Fee ait fait
comandement’.

The focus of this paper is a discussion of the differences between the MS
Douce 308 and Mons versions of the Tournoi de Chauvency and a possible link
to the Jeu Parti genre section of the Chansonnier.

 

Colette Beaune
Professeur émérite à Paris X - Nanterre
Identité royale et joutes ; Charles VII aux fêtes de Nancy (Février 1445)
(Résumé de communication)

A la mi-Février 1445, le roi Charles VII jouta en personne lors des
fêtes de Nancy sous le nom et les armes des sires de Lusignan. C¹est une
exception absolue durant ce règne. Dans quelles conditions un roi de France
peut-il jouter ? Les ancêtres de Charles avaient donné à cette question des
réponses négatives (pour Saint Louis et Charles V) et parfois positives
(pour Charles VI). Ces dernières avaient associé tant la joute que le
déguisement à la ruine des finances publiques et à la défaite contre
l¹Angleterre. Or l¹identité royale de Charles VII n¹allait de soi ni pour
ses partisans avant 1429 (le roi ou le dauphin) ni pour ses adversaires
Anglo Bourguignons (Charles de Valois, celui qui se dit roi). Quelles
capacités chevaleresques pouvait-on supposer à un simple roi de Bourges ? Il
était donc risqué pour lui de prendre, alors qu¹on lui contestait le sien,
le nom d¹un autre, fut-ce un nom aussi prestigieux que celui des Lusignan et
fut-ce le temps d¹une joute. De cette périphérie du royaume qu¹était Nancy,
Charles VII adressait un message tant à l¹opinion publique qu¹aux autres
puissances. Fut-il compris ?

 

Mireille Chazan
Professeur émérite Université Paul Verlaine (Metz)

Histoire et littérature dans les bibliothèques des patriciens messins à la
fin du Moyen Age et au début du XVIe siècle

Le manuscrit Oxford Bodl. Douce 308 était à la fin du XVe siècle la
propriété de François Le Gronnais (1450-1525), un riche patricien messin,
descendant dune famille de banquiers. Les textes qui composent le manuscrit
Douce relèvent, pour nous, de la catégorie « littérature » mis à part
lApocalypse; mais dans un inventaire comme celui de la bibliothèque de
Philippe le Bon en 1467, ils sont ou seraient classés dans la section «
Livres des ballades et damour » pour les V†ux du Paon, le Bestiaire, le
Tournoi de Chauvency et le chansonnier, dans la section « Bonnes meurs »
pour la Prophetie de Sebille et le Tournoiement Antechrist et dans la
section « Chapelle » pour lApocalypse. En nous plaçant dans ce cadre, la
question est de savoir si les textes du manuscrit Douce sont représentatifs
du contenu des bibliothèques patriciennes à Metz à la fin du Moyen Age, en
laissant de côté la catégorie « chapelle ».
On constate que François Le Gronnais, son gendre Michel Chaverson, qui a
fait linventaire de sa bibliothèque, et dautres patriciens avaient de
lintérêt pour les « livres de ballades et damour », mais quils avaient
une préférence pour les « livres de gestes », notamment ceux qui ont trait
aux héros de la matière de Bretagne, et plus encore pour ceux de la
catégorie « chroniques » à laquelle pour eux appartenait la Geste des
Lorrains.
Cest à elle que les patriciens messins sintéressent en priorité, mais ils
sont aussi curieux de lhistoire de lAntiquité, des chroniques universelles
par lesquelles ils accèdent à lhistoire de lEmpire, des chroniques de
France et de Bourgogne. Les annales et chroniques urbaines rédigées à Metz
au XVe siècle, sans être ignorées, semblent moins lues, bien que nombre de
patriciens écrivent eux-mêmes des chroniques.
Pourquoi cet intérêt pour les « chroniques » ? Pour bâtir lhistoire de leur
propre famille et prouver leur noblesse dune part et dautre part, pour
rappeler la nécessité de certaines alliances et justifier leur politique.
Mais les Livres de ballades et damour ne relèvent pas simplement du plaisir
de la lecture. Avec les Livres de gestes, ils nourrissent limaginaire du
patriciat messin, inspirent leur goût pour les joutes et la danse associée à
la musique, fournissent les thèmes des déguisements lors des cortèges de
Carnaval.
Alors que les Lorrains traitaient les Messins de « vilains sans seigneurs »,
le patriciat met en scène sa noblesse et son idéal chevaleresque à travers
limage quil cherche à donner de lui-même, mais ce sont les chroniques qui
doivent prouver cette noblesse et justifier le statut de Metz comme ville
libre de lEmpire.